Les mots font partie de l'interface. Un bouton mal nommé peut faire échouer une action. Un message d'erreur obscur peut faire fuir un utilisateur. Un onboarding bien écrit peut transformer un visiteur perplexe en utilisateur engagé. L'UX writing — l'art de rédiger les textes d'interface — n'est pas un détail cosmétique. C'est un composant essentiel de l'expérience utilisateur.

Chaque mot guide ou égare

L'UX writing couvre tous les textes que rencontre l'utilisateur dans une interface. Les boutons et les liens qui déclenchent des actions. Les messages d'erreur qui expliquent ce qui a mal tourné. Les messages de succès qui confirment que tout s'est bien passé. Les labels de formulaire qui indiquent quoi remplir. Les états vides qui guident quand il n'y a pas encore de contenu. Les notifications qui informent de ce qui se passe. Les onboardings qui accueillent les nouveaux.

Chacun de ces textes a un impact. Un bouton clair facilite l'action. Un message d'erreur compréhensible permet de corriger. Un état vide engageant encourage à créer du contenu. À l'inverse, un texte confus ou inapproprié crée de la frustration, de l'abandon, de la défiance.

L'UX writer pense le texte comme un composant du design, au même titre que les couleurs, les espacements ou les animations. Les mots sont des éléments d'interface.

Les principes qui guident chaque mot

La clarté avant tout

L'utilisateur ne devrait jamais se demander ce qu'un texte signifie. La compréhension doit être immédiate, sans effort cognitif.

Un mot simple vaut mieux qu'un mot sophistiqué. "Envoyer" est plus clair que "Soumettre votre requête". Une phrase courte bat une phrase longue. Le concret gagne sur l'abstrait. Quand vous avez le choix, choisissez le plus évident — pas le plus élégant selon vos critères littéraires.

Le test de la clarté : montrez le texte à quelqu'un hors contexte. Comprend-il instantanément ce que ça veut dire et ce qui va se passer ?

La concision sans sacrifier le sens

Les utilisateurs ne lisent pas — ils scannent. Les études d'eye-tracking le confirment : les yeux sautent d'un élément à l'autre, s'arrêtant brièvement sur les mots clés. Chaque mot doit mériter sa place.

Un exercice utile : relisez chaque texte et supprimez tous les mots qui ne sont pas indispensables. "Cliquez sur ce bouton pour confirmer votre inscription" devient "Confirmer". L'information est la même, l'impact est meilleur.

Attention : concision ne signifie pas cryptique. Un message trop court peut manquer d'information essentielle. L'équilibre est dans le juste nécessaire.

L'utilité comme critère

Le texte doit aider l'utilisateur à accomplir ce qu'il veut faire. S'il n'aide pas, il distrait. Un message qui ne donne pas d'information utile est un message de trop.

Posez-vous la question pour chaque texte : qu'est-ce que l'utilisateur a besoin de savoir à ce moment précis ? Donnez-lui exactement ça, pas plus, pas moins.

Le ton qui reflète la marque

La voix de l'interface doit être cohérente avec l'identité de la marque. Une banque traditionnelle et une startup tech n'écrivent pas de la même façon. Le choix du tutoiement ou du vouvoiement, du niveau de formalité, de l'usage (ou non) de l'humour — tout cela définit la personnalité perçue de l'interface.

Cette voix doit rester cohérente d'un écran à l'autre. L'utilisateur développe des attentes. Une rupture de ton crée une dissonance, comme si soudain quelqu'un d'autre parlait.

Les éléments d'interface en détail

Les boutons : l'action en un mot

Le texte d'un bouton doit dire ce qui va se passer quand on clique. Commencez par un verbe d'action. Soyez spécifique plutôt que générique.

"OK" ne dit rien. "Envoyer" est vague. "Soumettre" est formel et flou. Préférez "Créer mon compte", "Payer 49€", "Télécharger le guide". L'utilisateur sait exactement ce qui va se passer. Pas de surprise, pas d'hésitation.

Pour les actions destructives (supprimer, annuler), la spécificité est encore plus importante. "Supprimer ce fichier définitivement" est bien plus clair que "OK" dans une boîte de dialogue.

Les messages d'erreur : transformer la frustration en solution

Une erreur est un moment de friction. Le message qui l'accompagne peut aggraver la frustration ou la transformer en résolution.

Un bon message d'erreur fait trois choses. Il dit ce qui s'est passé (en termes compréhensibles, pas en code technique). Il explique pourquoi c'est arrivé (si pertinent et utile). Il indique comment corriger (l'action à entreprendre).

"Error 500: Internal Server Error" est un échec complet d'UX writing. Ça dit quelque chose au développeur, rien à l'utilisateur. "Une erreur s'est produite de notre côté. Réessayez dans quelques instants." est humain et actionnable.

"Champ invalide" est frustrant — invalide pourquoi ? "L'email doit contenir un @" donne l'information pour corriger. La différence est énorme en expérience utilisateur.

Les messages de succès : confirmer et guider

Quand quelque chose réussit, confirmez-le et indiquez la suite. "Commande confirmée. Vous recevrez un email de confirmation avec les détails de livraison." Le succès est validé, les prochaines étapes sont claires, l'anxiété post-achat est réduite.

Trop de succès passent inaperçus — l'utilisateur ne sait pas si son action a fonctionné. Un message de confirmation évite les doubles soumissions et rassure.

Les états vides : l'opportunité cachée

Un écran vide (pas de messages, pas de projets, pas de contacts) peut sembler comme un échec. C'est en réalité une opportunité de guider.

"Aucun résultat" est une impasse. "Aucune tâche pour le moment. Créez votre première tâche pour commencer." donne un chemin. L'état vide devient un onboarding naturel, pas un mur.

Les labels de formulaire : la précision qui facilite

Les labels doivent être courts et explicites. Pas de ponctuation finale (pas de ":"). Le format attendu doit être indiqué si spécifique : "Date de naissance (JJ/MM/AAAA)". Les champs obligatoires doivent être marqués (traditionnellement par un astérisque, mais "obligatoire" est plus accessible).

Une erreur fréquente : utiliser le placeholder comme label. Le placeholder (texte grisé dans le champ) disparaît dès que l'utilisateur commence à taper. Si l'information était importante, elle est maintenant invisible. Le label doit être à l'extérieur du champ, visible en permanence.

Voix et ton : la personnalité de l'interface

Définir la voix de marque

Si votre marque était une personne, comment parlerait-elle ? Tutoyez-vous ou vouvoyez-vous ? Utilisez-vous l'humour ou restez-vous sérieux ? Quel niveau de formalité adoptez-vous ? Ces questions n'ont pas de réponse universelle — elles dépendent de votre marque, de votre audience, de votre contexte.

Une fois définie, cette voix doit être documentée et maintenue. Un guide de style capture les conventions : formulations standard, vocabulaire approuvé (et celui à éviter), règles de ponctuation, exemples pour chaque type de texte.

Adapter le ton au contexte

La voix reste constante, mais le ton s'adapte aux situations. Un onboarding peut être chaleureux et encourageant. Une confirmation de commande peut être enthousiaste. Mais un message d'erreur de paiement demande du sérieux et de la réassurance — ce n'est pas le moment pour une blague.

La suppression de données demande un ton prudent, qui souligne les conséquences. Un moment de succès mérite une célébration. Calibrer le ton au contexte émotionnel de l'utilisateur montre de l'empathie.

Intégrer l'UX writing au processus

L'UX writing n'est pas une couche ajoutée en fin de projet. Le texte fait partie du design et doit être pensé dès les wireframes. Un bouton "Lorem ipsum" dans une maquette ne dit rien de l'expérience réelle.

Les tests utilisateurs doivent inclure les textes. Les utilisateurs comprennent-ils les messages ? Les boutons sont-ils clairs ? Les erreurs sont-elles explicables ? Ces tests révèlent des problèmes invisibles aux yeux de l'équipe interne, trop familière avec sa propre terminologie.

Les A/B tests sur les CTAs mesurent l'impact des mots sur la conversion. "Commencer maintenant" vs "Essayer gratuitement" peut faire une différence significative.

Les pièges classiques

Le jargon interne est le piège le plus fréquent. Les termes évidents pour votre équipe ne le sont pas pour vos utilisateurs. "Workflow", "Dashboard", "Instance" — chaque terme technique mérite une question : l'utilisateur lambda comprend-il ?

La longueur excessive tue l'efficacité. Personne ne lit les pavés de texte. Si votre message fait plus de deux lignes, demandez-vous ce qui peut être coupé.

L'incohérence crée le doute. "Se connecter" sur une page, "Connexion" sur une autre, "Login" sur une troisième. L'utilisateur se demande si c'est la même chose. La cohérence terminologique est une forme de respect pour l'utilisateur.

Le ton inapproprié peut blesser. Un message humoristique sur un échec de paiement n'est pas drôle pour l'utilisateur qui vient de voir sa transaction refusée. L'empathie contextuelle est essentielle.

Les mots méritent autant d'attention que les pixels

Chaque mot de votre interface est une opportunité d'aider ou de frustrer l'utilisateur. L'UX writing n'est pas un ajout cosmétique à déléguer en fin de projet. C'est un composant essentiel de l'expérience, qui mérite expertise, intention et itération.

Investissez dans les mots comme vous investissez dans le design. Testez-les comme vous testez les fonctionnalités. Itérez sur eux comme vous itérez sur l'interface. Les résultats — en clarté, en conversion, en satisfaction utilisateur — justifient largement l'effort.

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